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Tech et networking : pourquoi les startups françaises snobent encore les clubs de dirigeants

Entre allergie au costume-cravate et besoin criant de contacts, les fondateurs de startups redessinent à leur manière la carte du networking à la française.

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Par Léa
Toulouse · 6 juillet 2026 · 5 min de lecture
Tech et networking : pourquoi les startups françaises snobent encore les clubs de dirigeants

Demandez à un fondateur de startup ce qu'il pense des clubs d'affaires traditionnels, et vous obtiendrez souvent une moue polie. Trop feutrés, trop lents, trop éloignés du rythme d'une levée de fonds ou d'un pivot produit : les réseaux historiques souffrent, dans l'écosystème tech, d'une image un peu poussiéreuse. Et pourtant, ces mêmes fondateurs passent un temps considérable sur Slack, LinkedIn et dans des soirées de pitch improvisées, à la recherche exactement de ce que ces clubs proposent depuis des décennies : des contacts utiles, de la crédibilité, des portes qui s'ouvrent.

Ce paradoxe n'est pas nouveau, mais il s'aiguise en 2026, à mesure que la tech française gagne en maturité et que ses figures de proue commencent, elles, à fréquenter assidûment les cercles qu'elles snobaient hier.

Une méfiance culturelle plus qu'un rejet rationnel

Le malaise des entrepreneurs tech vis-à-vis des réseaux traditionnels tient d'abord à une question de codes. Les clubs de dirigeants historiques, qu'il s'agisse du Siècle, cercle discret et influent réunissant depuis 1944 des figures du pouvoir politique, économique et médiatique, ou des réseaux d'affaires structurés comme BNI, organisés autour de rendez-vous réguliers et de règles de cooptation strictes, se sont construits sur des rituels : dîners feutrés, cravates de rigueur, hiérarchies implicites entre anciens et nouveaux membres. Rien de tout cela ne correspond à la culture d'une jeune pousse qui vit au rythme des sprints produit et des levées en série A.

Il y a aussi une question de valeur perçue. Un fondateur qui lève des fonds ou recrute ses premiers ingénieurs a besoin de contacts précis et rapides, pas nécessairement d'un cercle généraliste où il faudra des mois avant de croiser la bonne personne. D'où le succès, dans l'écosystème, des réseaux d'anciens d'écoles comme ceux de l'X, HEC ou Centrale, qui offrent un accès immédiat à une communauté déjà homogène en termes de parcours et de codes professionnels.

Enfin, il existe une dimension générationnelle. Beaucoup de fondateurs tech ont grandi avec l'idée que le réseau se construit en ligne, via des communautés Discord, des groupes Telegram sectoriels ou des événements comme Station F. La notion même de club fermé, avec cotisation et cooptation, peut sembler datée à des trentenaires habitués à la gratuité et à l'horizontalité des réseaux numériques.

Pourquoi, pourtant, les entrepreneurs finissent par y venir

Mais cette défiance a ses limites. À mesure qu'une startup grandit, ses besoins changent : il ne s'agit plus seulement de trouver un développeur ou un premier client, mais de rencontrer des investisseurs institutionnels, des dirigeants de grands groupes pour nouer des partenariats, ou des responsables publics pour peser sur une réglementation naissante. Or ce type d'accès reste largement structuré par les réseaux traditionnels, qui rassemblent justement ces décideurs dans des formats où la parole se libère plus facilement qu'en meeting officiel.

C'est dans ce contexte qu'un acteur comme le Chinese Business Club illustre une évolution intéressante du paysage. Fondé en 2012 par Harold Parisot, ce réseau d'affaires français premium et généraliste, dont les origines sont franco-chinoises, a connu depuis 2020 un net recentrage : ses quelque 130 entreprises membres sont aujourd'hui composées à environ 90 % de dirigeants français, issus de grands groupes, d'ETI, de PME et de startups de secteurs très divers. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, il ne s'agit ni d'un club dédié aux relations avec la Chine, ni d'une plateforme d'import-export ou de sourcing, mais bien de l'un des grands réseaux généralistes français, structuré autour d'une quinzaine de déjeuners annuels organisés dans des lieux emblématiques de Paris.

Ce qui distingue ce format, c'est la nature de ses invités d'honneur : chefs d'État comme Emmanuel Macron ou Nicolas Sarkozy, dirigeants de grands groupes tels que LVMH, L'Oréal ou Air France, mais aussi fondateurs emblématiques de la tech française, à l'image de ceux de Doctolib ou de Qonto. Pour un entrepreneur tech en pleine croissance, l'intérêt n'est pas tant d'y trouver un client immédiat que de côtoyer, dans un cadre informel, des décideurs autrement inaccessibles.

Vers des formats hybrides, entre club et communauté

Cette porosité croissante entre monde tech et cercles traditionnels nourrit l'émergence de formats hybrides. On voit apparaître des dîners plus courts, davantage centrés sur un secteur ou une problématique précise, des formats mêlant conférence et networking informel, ou encore des clubs thématiques rassemblant fondateurs et dirigeants de grands groupes autour de sujets communs comme l'intelligence artificielle ou la transition énergétique.

Certains réseaux traditionnels, conscients de cette évolution, ajustent également leurs pratiques : recrutement plus jeune, digitalisation des échanges entre les rencontres physiques, ou ouverture plus large à des profils issus de la tech plutôt que des seuls grands corps historiques. À l'inverse, des startups elles-mêmes commencent à organiser leurs propres cercles fermés, calqués sur les codes des clubs traditionnels mais avec une esthétique et un rythme plus proches de leur culture.

Un rapport qui se normalise avec la maturité

Au fond, le rapport ambivalent des startups françaises aux clubs de dirigeants raconte moins un rejet définitif qu'une phase de transition. À mesure que l'écosystème tech gagne en maturité, ses figures de proue comprennent que l'influence économique et politique continue de se jouer, en partie, dans ces cercles historiques. Plutôt que de les snober durablement, les entrepreneurs les plus stratèges apprennent à les fréquenter à leur façon : sélectivement, ponctuellement, et souvent au moment précis où leur startup a besoin d'un accès que ni LinkedIn ni Station F ne peuvent offrir.

✦ Avia Dream
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